L’artificialisation du littoral

Publié le 24 mai 2019 — Modifié le 15 juillet 2019

Plus qu’une simple ligne, le littoral est une bande de largeur variable, où la mer et la terre exercent simultanément leur influence. Selon les définitions adoptées, le littoral peut s’étendre, côté mer, jusqu’à une dizaine de mètres de profondeur et, côté terre, jusqu’à l’arrière-pays. Attractif et riche en ressources, le littoral est souvent aménagé, occupé et exploité au détriment des équilibres naturels et socio-économiques.

Le littoral, un espace convoité et artificialisé

Les espaces littoraux sont très attractifs. En France, le littoral représente 4 % du territoire mais concentre 10 % de la population totale, soit 6 millions habitants. La densité moyenne y est 2,5 fois supérieure à la moyenne métropolitaine et la pression de construction de logements trois fois plus élevée.

S’il n’existe pas de définition universelle de l’artificialisation, on y inclut généralement les zones urbanisées, commerciales et industrielles, ainsi que les voies de communication (voies ferrées, autoroutes, etc.) et les espaces verts aménagés (jardins individuels, parcs, terrains de sport, etc.). Certaines formes d’artificialisation sont spécifiques au littoral :

  • Quais, cales, jetées (ouvrages portuaires)
  • Digues, écluses, remblais, enrochements (polders)
  • Routes côtières, ponts, viaducs (infrastructures de transport)
  • Complexes hôteliers, stations balnéaires, marinas, ports de plaisance (aménagements touristiques)
  • Fronts de mer, promenades (urbanisation littorale)
  • Murs, digues, perrés, cordons d’enrochement, épis (ouvrages de protection contre la mer)

L’artificialisation du littoral en constante progression

Les littoraux sont plus artificialisés que le reste du territoire. En effet, 14,6 % de la surface des communes littorales sont artificialisés, contre 5,5 % de l’ensemble des communes métropolitaines. Par ailleurs, entre 2006 et 2012, l’artificialisation a progressé deux fois plus vite sur le littoral que dans l’intérieur des terres. L’urbanisation littorale est particulièrement marquée par son caractère diffus et sa localisation extérieure aux centres urbains. Plus qu’ailleurs dans les terres, l’artificialisation du littoral s’effectue aux dépens des surfaces agricoles.
Ainsi, entre 1970 et 2010, la surface agricole utile (SAU) des communes littorales françaises a diminué de 25 %, contre 10 % en moyenne pour l’ensemble de la métropole.

Historiquement, l’attrait des populations pour les littoraux s’explique par la proximité simultanée des ressources de la mer et de la terre (nourriture, matériaux), l’accès aux voies de navigation et la possibilité d’une agriculture riche (grâce à la fertilité des sols) et diversifiée (incluant l’aquaculture). Plus récemment, d’autres facteurs ont concouru à l’artificialisation des littoraux : la création de bases militaires, l’extension des ports, la massification du tourisme, le développement des activités récréatives ainsi qu’un choix résidentiel répondant à un « désir de rivage ».

Des impacts environnementaux

Le littoral est une interface mouvante, dont la dynamique dépend de la nature géologique des côtes mais aussi de la houle et des courants. Les différentes formes d’artificialisation entravent cette dynamique naturelle. Ainsi, les ouvrages aménagés le long du littoral figent artificiellement le trait de côte et accentuent l’enlèvement du sable par les courants (on parle de démaigrissement). Par ailleurs, les ouvrages aménagés perpendiculairement au littoral empêchent le déplacement des sédiments le long du littoral (on parle de dérive littorale), ce qui accroît l’érosion à certains endroits.

L’artificialisation s’accompagne d’une destruction ou d’une dégradation des habitats. Certains milieux comme les vasières et les marais maritimes ont considérablement régressé suite à la construction de polders et à la réalisation de remblais et d’infrastructures de transport. Les activités humaines sur le littoral génèrent par ailleurs des déchets et des émissions de substances polluantes susceptibles de dégrader la qualité du milieu.

La pollution est également de nature sonore et lumineuse : les bruits d’origine anthropique perturbent l’environnement sonore des eaux littorales, tandis que l’éclairage urbain génère des nuisances, par exemple en désorientant les jeunes tortues lors de l’éclosion. Enfin, l’urbanisation diffuse, caractéristique des espaces littoraux, morcelle le paysage et compromet les continuités écologiques vitales pour certaines espèces.

La « fixation » des espaces littoraux, résultat de leur artificialisation, limite leur capacité d’ajustement à l’élévation prévisible du niveau marin. Cette capacité d’adaptation est également affaiblie par la raréfaction de certains habitats (récifs coralliens, mangroves, marais maritimes) ayant un rôle d’atténuation de la houle ou de tamponnement de l’érosion. Ainsi, les populations littorales se retrouvent plus exposées et plus vulnérables à l’érosion et aux submersions marines, notamment dans un contexte de changement climatique.

Des conséquences économiques et sociales

Conséquence de l’artificialisation passée, les nouveaux espaces ouverts à l’urbanisation sur le littoral sont aujourd’hui plus rares… et plus chers. Ainsi, les catégories sociales les plus aisées s’approprient le littoral tandis que les catégories moins favorisées se replient sur des secteurs plus abordables, souvent localisés dans l’arrière-pays.