L’érosion côtière

Publié le 23 mai 2019 — Modifié le 9 juillet 2019

Une majorité des stocks de sédiments actuellement présents sur les littoraux est héritée de la dernière remontée importante du niveau marin survenue il y a environ 18 000 ans. Dans un grand nombre de régions du monde, l’épuisement de ce stock sédimentaire constitue aujourd’hui la première cause d’instabilité du littoral et d’érosion côtière.

L’érosion côtière, un phénomène naturel

De nombreux facteurs naturels contrôlent en permanence l’évolution du littoral ou plus précisément du trait de côte, en particulier :

  • des facteurs propres au milieu, tels que la topo-bathymétrie (pente, largeur de plage), la géologie (type de roche, résistance, fracturation), les types de côte et d’habitat (couverture végétale) ;
  • des facteurs météo-marins, tels que les paramètres hydrodynamiques (marée, surcotes, états de mer, courants, etc.) et météorologiques (vent, précipitations, températures, etc.).

Ces différents facteurs modifient la morphologie des côtes sableuses marquée alternativement par des phases d’érosion et d’accumulation visibles à l’échelle saisonnière. Ainsi, pendant les tempêtes hivernales, les plages subissent généralement une érosion, puis une phase de reconstruction lors de périodes plus calmes. Ces évolutions sont normales et traduisent en fait l’ajustement de la morphologie des côtes aux facteurs météo-marins. Dans le cas d’un littoral en déficit sédimentaire, les plages vont s’adapter aux conditions de fortes agitations mais la tendance évolutive à long terme sera au recul du trait de côte. A contrario, si le littoral présente un excédent sédimentaire, la tendance à long terme sera à l’avancée du trait de côte.

Les côtes à falaises et les côtes rocheuses subissent un recul, plus ou moins rapide selon leur composition, sous l’effet combiné de la mer et des paramètres atmosphériques de température (gel / dégel) ou de précipitations. Les reculs, par effondrements ou glissements de terrain, sont ponctuels et souvent brutaux : les reculs instantanés peuvent atteindre plusieurs mètres, voire plusieurs dizaines de mètres. Cependant, de nombreuses années peuvent s’écouler avant que les phénomènes ne se reproduisent au même endroit. C’est pourquoi, en moyenne annuelle et sur plusieurs décennies, les vitesses de recul des falaises dépassent rarement 0,5 mètres par an.

L’érosion côtière, liée aussi aux activités humaines

Avec la construction de barrages sur les cours d’eau, les extractions de granulats dans les fleuves et les dragages de sédiments dans les ports, les activités humaines réduisent l’alimentation en sédiments du littoral.

Les aménagements côtiers, tels que la construction de zones portuaires ou d’ouvrages de protection, sont aussi à l’origine de la modification des équilibres sédimentaires. Même de dimensions réduites, ces ouvrages perturbent les transits du sable le long du rivage :

  • les jetées bloquent une partie des sédiments transportés par la dérive littorale à l’amont de l’ouvrage mais créent un déficit à l’aval, générant une érosion ;
  • les murs ou les cordons en enrochement, présents en haut des plages, renvoient l’énergie des vagues vers le large, ce qui entraîne un départ du sable.

Près de 16 000 ouvrages et aménagements sont présents sur les côtes métropolitaines et d’outre-mer (Cartographie nationale des ouvrages et aménagement littoraux. Cerema / MTES, 2017).

L’évolution du trait de côte en France

On désigne schématiquement par « trait de côte » la limite géographique entre le domaine marin et le domaine continental. Afin de disposer d’un état des lieux de l’évolution du trait de côte sur le littoral français, un indicateur national de l’érosion côtière a été produit par le Cerema à la demande du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire. Publié en 2016 pour la métropole et en 2018 pour les départements et régions d’outre-mer, il présente l’évolution historique du trait de côte sur une période d’au moins 50 ans. Son élaboration repose sur la comparaison de marqueurs de position du trait de côte visibles sur des photographies aériennes récentes et anciennes (limite de la végétation dunaire, les pieds de falaises ou encore la limite du sable mouillé sur les côtes méditerranéennes possédant un marnage très faible).

Cet indicateur met en évidence un recul sur près de 20 % du littoral (sur les régions françaises hors Guyane). Les données géo-référencées récoltées permettent d’étudier à différentes échelles la localisation et la proportion de zones en recul.

La gestion de l’érosion côtière

L’érosion des côtes fait l’objet d’une politique publique nationale adaptée pour mieux prendre en compte les milieux naturels et les impacts des ouvrages anthropiques. À travers une meilleure compréhension des dynamiques littorales, il s’agit de limiter leurs effets et de laisser au littoral un espace de respiration, préservant sa capacité d’adaptation et de résilience. Pour atteindre cet objectif, plusieurs options doivent être envisagées, simultanément ou de façon successive :

  • La protection du littoral et des espaces naturels. Elle peut combiner plusieurs techniques ou méthodes tels que l’apport de sable sur les plages et les cordons dunaires, en tenant compte des phénomènes naturels.
  • Le réaménagement du littoral et l’étude de sa recomposition spatiale, pour anticiper les phénomènes sur le long terme.