Les espèces commerciales

Publié le 22 mai 2019 — Modifié le 9 juillet 2019

Les océans abritent une incroyable biodiversité et ont longtemps été considérés comme une source inépuisable de nourriture. L’Homme a en effet exploité les ressources biologiques marines de manière croissante au cours du temps, sans connaître ni tenir compte de leurs niveaux d’abondance. Les poissons, crustacés, céphalopodes et mollusques ont progressivement intégré des systèmes de commercialisation à l’échelle locale, puis nationale et internationale.

En France, une centaine d’espèces différentes sont débarquées dans les ports des façades Atlantique et Méditerranéenne, en provenance de zones de pêche et par des métiers différents (ligneur, thonier senneur, etc.). Les principales espèces (ou groupe d'espèces)  commerciales sont la coquille Saint-Jacques, le merlu, les baudroies, la sole, les dorades, le maquereau, la sardine, l’anchois, les céphalopodes (seiches et calmars) et les thonidés (germon, thon rouge, thons tropicaux).

La forte hausse des captures à la fin du XXe siècle a entraîné une diminution importante des ressources mondiales de poissons et un déséquilibre des communautés de nombreuses zones de pêche. Alertée par les chercheurs en sciences halieutiques, l’Union Européenne a mis en œuvre, dès 1983, une Politique Commune des Pêches (PCP). Elle vise une exploitation durable des espèces commerciales et a pour objet de lutter contre leur érosion, qui menace les modèles économiques associés.

Le stock halieutique, une unité de gestion

On désigne par stock halieutique la partie d’une population exploitable à des fins commerciales, composée de poissons adultes de classes d’âge différentes (nommées cohortes). Les individus qui intègrent pour la première fois le stock sont appelés les recrues, qu'ils soient en capacité de se reproduire, ou non. La taille d’un stock évolue entre autres avec le nombre de recrues, la mortalité naturelle et le prélèvement fait par la pêche.

Afin de mettre en place et de maintenir une gestion rationnelle des ressources, il est indispensable d’évaluer l’état des stocks des espèces exploitées à des fins commerciales, ainsi que les pressions et impacts de la pêche sur ces populations. Élaborer des modèles prévisionnels permet de définir si les stocks sont en situation d’équilibre, c’est-à-dire si la somme des facteurs qui contribuent à les faire diminuer (conditions naturelles, environnementales et anthropiques) est compensée par celle des facteurs de croissance (nombre de recrues, spécificité des espèces, etc.). Le stock halieutique devient alors une unité de gestion indispensable à la mise en œuvre de la Politique Commune des Pêches.

Des mesures contraignantes

La gestion des ressources halieutiques consiste à assurer un bon état écologique des espèces commerciales et une durabilité sociale et économique du secteur de la pêche professionnelle. Dans ce cadre, la Politique Commune des Pêches, ainsi que la Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (DCSMM), fixent comme objectif, depuis 2013, de respecter un seuil de Rendement Maximal Durable (RMD). Ce seuil correspond à la plus grande quantité d’individus vivants pouvant être extraite d’un stock de manière continue sans altérer ses capacités reproductrices.

Atteindre cet objectif nécessite de mettre en œuvre des mesures contraignantes et interconnectées, visant à :

  • réduire l’effort de pêche (diminution du nombre de navires, limitation du temps passé en mer pour les navires de pêche, limitation de la puissance de pêche, etc.),
  • limiter ou contenir les prélèvements sur les stocks, notamment par la définition de Totaux Admissibles de Capture (TAC), qui fixent les quantités capturables par espèce et par zone de pêche,
  • améliorer la sélectivité des engins de pêche permettant d’augmenter les tailles minimales des captures.

La diminution des stocks dans les eaux communautaires a été enrayée depuis une dizaine d’années et les signaux de ces dernières années sont plutôt encourageants. Dans la zone de l’Atlantique Nord-Est par exemple, 40 % des stocks étaient surexploités en 2004 contre 21 % en 2017. Toutefois, d’autres sources de pression anthropiques, dont les effets sur les stocks halieutiques sont encore méconnus, doivent être prises en compte. On peut citer, entre autres, la destruction ou la dénaturation des zones de reproduction et de nourricerie (estuaires, deltas ou marais littoraux), ainsi que la contamination chimique et les déchets. Ces enjeux nécessitent de maintenir et de renforcer la recherche scientifique, afin d’accroître nos connaissances et fournir les bons outils aux instances de gestion dans le but de maintenir ou retrouver un bon état écologique des ressources exploitées à des fins commerciales.