Nature et intégrité des fonds marins

Publié le 23 mai 2019 — Modifié le 9 juillet 2019

A l’échelle du globe, les espaces maritimes français représentent une superficie totale de près de 11 millions de km². En métropole, ces espaces occupent une surface de 371 000 km², répartie entre la zone Manche – Mer du Nord (7,6%), la façade Atlantique (62,4%), et la Méditerranée (29,9%).

La connaissance des fonds marins est essentielle pour assurer une gestion raisonnée et durable de ces espaces, au regard de l’ensemble des pressions qui s’y exercent.

Profondeur et relief des fonds marins métropolitains

Trois grands ensembles sont distingués pour décrire la profondeur et le relief des fonds marins :

  • le plateau continental : prolongement sous-marin du continent jusqu’au sommet du talus continental, situé jusqu'à environ 200 m de profondeur.
  • le talus continental : zone de jonction entre le plateau continental et la plaine abyssale, caractérisée par une pente importante (généralement 4 à 5°).
  • la plaine abyssale : située généralement entre 3 000 à 5 000 m de profondeur (2 000 à 2 500 m en Méditerranée).

La façade Atlantique est caractérisée par un large plateau continental dont l’extension se développe fortement du nord vers le sud. La largeur du plateau est ainsi comprise entre 50 km au niveau des Landes et 200 km au large de la Loire-Atlantique. Le fond y varie entre 0 et 200 m. Le talus continental s’étend généralement sur une bande de 30 à 40 km de large ; il est entaillé par de nombreux canyons. La plaine abyssale atteint une profondeur de l’ordre de 5 000 m à l’extrémité ouest de la zone sous juridiction française.

La Manche appartient tout entière au plateau continental. Les fonds y sont peu profonds et dépassent rarement 100 m.

La façade méditerranéenne se caractérise par un plateau continental étroit, dont l’extension maximale (de l’ordre de 100 km) est atteinte au large de la plaine languedocienne, dans le golfe du Lion. Ce plateau plonge rapidement par un talus abrupt (incisé par de nombreux canyons) vers des fonds proches de 3 000 m. Le plateau continental est presque inexistant à l’ouest de la Corse et développé sur sa façade orientale.

Profondeur et relief des fonds marins métropolitains (de gauche à droite : sur la façade Atlantique, en région Manche – Mer du Nord, et en Méditerranée).

Nature des fonds

Sur la façade Atlantique, les sédiments sont majoritairement sableux sur le plateau continental. Les vases sont présentes dans les zones côtières protégées, dans les vasières du large et sur les grands fonds (talus continental et plaine abyssale). La roche et les sédiments grossiers se concentrent sur le pourtour de la Bretagne, ainsi qu’au niveau des Pyrénées et de quelques plateaux au large des côtes. Au nord de la Bretagne, le faciès sédimentaire évolue (des côtes vers le large) de la roche au sable, en passant par les cailloutis et les graviers.

Au centre de la Manche, les sédiments sont majoritairement grossiers à très grossiers, en raison du fort lessivage par les courants de marée. Les zones de sable constituent des bancs et des dunes. Les dépôts de vase et de sables vaseux sont rares et confinés aux zones abritées de la houle et des courants marins.

En Méditerranée, les sédiments sont majoritairement fins (vases et vases sableuses), sur le plateau continental et les grands fonds. Le sable se retrouve sur la côte, notamment en bordure externe du plateau continental. La roche affleure à certains endroits, par exemple sur le pourtour de la Corse. Les sédiments aux abords de la Corse sont quant à eux plus grossiers.

Les activités humaines menaçant l’intégrité des fonds

Différentes activités humaines peuvent modifier l’état physique des fonds marins, qu’il s’agisse de leur nature (roche, sable, vase, herbiers, etc.),  de leur morphologie ou de leur bathymétrie. Parmi ces modifications, on distingue celles qui sont temporaires (appelées « perturbations physiques ») de celles qui sont permanentes, et donc irréversibles (appelées « pertes physiques »).

Plusieurs activités ou types d’installation ont des conséquences sur l’état physique des fonds marins:

  • La pêche au fond professionnelle. Parmi les engins de pêche utilisés par les professionnels, certains sont traînés sur le fond, par exemple les chaluts et les dragues.
  • L’aquaculture. L’aquaculture affecte les fonds à travers (1) l’implantation de structures artificielles pour la production de coquillages, de poissons ou d'autres cultures marines, (2) le dépôt de vases riches en matière organique induit par certaines concessions aquacoles, et (3) les travaux de récolte et de dragage du fond, qu'ils soient mécanisés ou manuels.
  • Les extractions de matériaux (granulats marins). En France métropolitaine, cette activité concerne la façade Atlantique, la Manche et la Mer du Nord; il n’y a pas d'activité d'extraction en Méditerranée.
  • Les dragages et les immersions de matériaux de dragage.
  • Les activités de mouillage[1] des bateaux. Différents dispositifs impactant les fonds sont utilisés pour immobiliser les bateaux en mer: l'installation de corps-morts, la pose et la dépose d'ancres sur le fond, l'actionnement de chaînes mobiles, etc.
  • Les aménagements côtiers ou au large. Dans les eaux territoriales françaises, les ouvrages sont localisés essentiellement sur les côtes, les structures au large étant quasi-absentes. Cette situation pourrait évoluer avec l'émergence d'une industrie de production d'électricité offshore (industrie qui implique par ailleurs la pose de câbles sous-marins).
  • Les câbles sous-marins.

Les mécanismes qui entraînent une dégradation physique des fonds peuvent être regroupés en plusieurs types:

  • la disparition ou destruction suite à l'installation d'une structure artificielle permanente (par exemple aménagements portuaires, pylônes d'éoliennes offshore, corps-morts, pieux pour l'élevage des coquillages) ;
  • l'abrasion, suite au raclage du fond (engins de pêche tractés sur le fond, pose et dépose d'ancres). L'abrasion modifie  le relief des fonds meubles, à forte intensité elle peut également en modifier la nature. Si le fond est d'origine majoritairement biogénique et vivante, les dégradations peuvent être permanentes ;
  • l'enlèvement de sédiments (dragage des chenaux de navigation et extraction de granulats) ;
  • le dépôt de sédiments (clapage[2] de sédiments dragués).

[1]Action d'immobiliser un bateau en mer au moyen d'une ancre.

[2]Opération consistant à déverser en mer des substances (généralement, déchets ou produits de dragage), en principe à l'aide d'un navire dont la cale peut s'ouvrir par le fon

Évaluation de l'état physique des fonds marins

Les démarches les plus complètes d'évaluation de l'intégrité des fonds marins en France métropolitaine ont été menées dans le cadre de la directive-cadre européenne « stratégie pour le milieu marin » (DCSMM). Néanmoins, ces évaluations restent peu fiables, en raison du manque de précision ou d'accessibilité des données permettant de localiser et d'évaluer l'intensité des activités ayant un impact (zones chalutées, zones draguées).

Parmi les grands résultats de l’évaluation réalisée en 2018 pour la DCSMM, la pêche professionnelle au fond ressort comme l'activité qui a un effet prépondérant sur les fonds marins.