Les oiseaux marins

Publié le 22 mai 2019 — Modifié le 9 juillet 2019

Même s’ils ne constituent que 3% des espèces d’oiseaux recensées sur la planète, les oiseaux marins sont répartis sur tous les océans. Prédateurs supérieurs situés en fin de chaîne alimentaire, ils jouent un rôle fondamental dans l’équilibre du milieu marin et la compréhension de la structure et du fonctionnement des écosystèmes.

La dépendance des oiseaux de mer à l’environnement marin

Les oiseaux marins sont définis comme des oiseaux ayant des relations de dépendance plus ou moins strictes avec le milieu marin, c’est-à-dire dépendant des ressources marines pour leur subsistance.

Ils peuvent être divisés en deux groupes :

  • les oiseaux d’eau ou de bord de mer, qui ne fréquentent que le rivage marin (limicoles, canards, oies, cygnes, plongeons et grèbes),
  • les oiseaux de mer, côtiers ou hauturiers, qui vivent essentiellement au large et se nourrissant exclusivement en mer (pétrels, puffins, océanites, fous, cormorans, labbes, goélands, mouettes, sternes et alcidés). Les espèces côtières vivent près des côtes et reviennent régulièrement à terre. Les espèces hauturières (également appelées pélagiques) vivent au large et ne se posent sur la terre ferme que pour la reproduction.

En France métropolitaine, 5 catégories ont été définies, selon leur écologie alimentaire :

  • les « oiseaux herbivores », qui broutent les algues, les herbiers présents dans l’eau ou des zones humides (les oies, et la majorité des canards) ;
  • les « échassiers », espèces qui se nourrissent sur l’estran dans des eaux très superficielles (essentiellement les limicoles et certains canards),
  • les « oiseaux marins de surface » qui se nourrissent en surface et sub-surface (les goélands, mouettes, puffins, les sternes),
  • les « oiseaux plongeurs pélagiques », qui se nourrissent dans la colonne d’eau, et qui peuvent effectivement être exclusivement pélagiques pour la grande majorité d’entre elles, mais qui peuvent aussi être très côtières (les cormorans, le Macareux moine, le Guillemot de Troil, le Pingouin torda).
  • les « oiseaux plongeurs benthiques » qui plongent pour se nourrir sur le fond (notamment les eiders et les macreuses).

Parmi les 80 espèces d’oiseaux marins repérées en France métropolitaine, toutes ne passent pas la totalité de leur cycle biologique dans le milieu marin. Certaines sont visibles sur la terre ferme en période nuptiale (reproduction), utilisant l’environnement marin pour l’alimentation ou l’élevage des jeunes. D’autres sont observées en période internuptiale (migration ou hivernage), utilisant l’environnement marin pour le vol, comme zone de repos ou d’activité sociale. Certaines espèces enfin sont sédentaires et ne quittent pas les eaux marines.

Étudier les oiseaux marins : un enjeu pour comprendre le fonctionnement des écosystèmes

Très populaires, les oiseaux marins restent néanmoins mal connus d’un point de vue scientifique. Leur protection passe ainsi par l’amélioration des connaissances et le suivi des espèces et de leur environnement.

Dans ce contexte, la Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (DCSMM) impose aux États européens de suivre à la fois les oiseaux inféodés à l’estran, les oiseaux marins nicheurs, les oiseaux du large, les oiseaux échoués sur le littoral et les interactions entre les oiseaux et les activités humaines en mer.

En mesurant les caractéristiques démographiques des différentes populations (répartition, abondance, taux de mortalité, de reproduction, de recrutement, de dispersion) et en les confrontant à des paramètres environnementaux mesurés à des échelles locales ou régionales (anomalies de température, hauteur de la mer, disponibilité des ressources), il est possible de déterminer :

  • quels sont les effets des fluctuations environnementales et climatiques sur l’abondance des populations d’oiseaux,
  • comment la variabilité de l’environnement affecte les populations, leur reproduction, leur taux de mortalité et à quel moment de leur histoire de vie.

Les oiseaux marins peuvent également être utilisés comme des bio-indicateurs de la qualité chimique du milieu marin, en suivant le niveau de contaminants présents dans leurs plumes, leur sang ou leurs œufs.

Les menaces anthropiques pesant sur les oiseaux marins

La situation des oiseaux marins est préoccupante : près d’un tiers des espèces figurent sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN), dont certaines sont en danger critique d’extinction. Ce déclin, amorcé récemment, résulte de la conjonction de plusieurs facteurs dont l’homme est l’épicentre.

Les interactions entre hommes et oiseaux marins sont en effet diverses. Les nombreux aménagements réalisés par les humains modifient par exemple leurs habitats. Les navires de pêche attirent certains oiseaux, qui les suivent pour s’alimenter et risquent ainsi une capture accidentelle par les engins de pêche. La surpêche porte également atteinte à ces prédateurs supérieurs, en les privant d’une partie importante de leurs ressources de nourriture. L’introduction d’espèces prédatrices, les déchets marins et la contamination chimique par les hydrocarbures sont d’autres pressions humaines non négligeables.

Le fait que les oiseaux marins soient des espèces à longue durée de vie et à reproduction différée leur confère une grande sensibilité aux pressions anthropiques. Seuls des études à long terme permettront de comprendre l’impact de ces pressions humaines, via l’évaluation de la taille des populations, de leurs caractéristiques démographiques et de leur état écologique. C’est le défi des années à venir, auquel il est nécessaire de répondre pour adapter les mesures de gestion et de protection.